Il était venu de Kabylie pour travailler dans le bâtiment. Un jour, dans une galerie parisienne, où il faisait des travaux, son regard s’est arrêté sur des tableaux. Cette rencontre allait changer sa vie. De Taourirt Moussa à Montmartre, puis de Saint-Tropez à Sainte-Maxime, Rabah Oukli a construit une œuvre à l’image de son parcours : libre, sensible et profondément attachée à ses racines.
Une exposition lui rend hommage au château de Ladoucette, à Drancy
Plus de 160 œuvres sont réunies jusqu’au 15 novembre dans le cadre de l’exposition De Taourirt à Montmartre. Aquarelles, huiles, portraits, paysages et natures mortes racontent les différentes étapes de la vie artistique de Rabah Oukli, disparu le 7 décembre 2022.
Lors du vernissage, son épouse, ses enfants et ses petits-enfants étaient réunis autour de ses tableaux, en présence d’Anthony Mangin, premier adjoint au maire, de représentants de la direction de la Culture de la Ville, de Pierre Bour, directeur du château de la Doucette, ainsi que de Djedjiga Asmani, Hakima Goutal, Vhloé Lamorlette, responsables du Réseau Culturel Franco-berbère et du Centre culturel Lounès Matoub.
Un moment forcément particulier pour une famille qui voyait ainsi revivre, sur les murs du château, une partie de l’histoire de celui qui fut à la fois mari, père, grand-père et artiste.
Une vocation née sur un chantier
Né à Taourirt Moussa, dans les montagnes de Kabylie, Rabah Oukli arrive en France à l’âge adulte pour travailler dans le bâtiment. Pourtant, le dessin l’accompagne depuis toujours.
Un jour, alors qu’il réalise un faux plafond dans une galerie d’art, il s’interrompt pour regarder les tableaux exposés. Surpris par son patron, il lui confie son plaisir à les admirer.
Celui-ci lui propose alors un marché : s’il termine son travail dans les délais, il l’aidera à apprendre la peinture.
Rabah tient parole. Le patron ; également. Il oriente Rabah Oukli vers une école d’art, la place des Vosges, dirigée par une de ses relations.
Rabah Oukli devient portraitiste, d’abord aux Halles de Paris, puis à Montmartre.
Ainsi, celui qui était venu en France pour construire des bâtiments commence à construire une œuvre.
En 1975, il quitte Paris pour la Côte d’Azur. Après Saint-Tropez, il s’installe à Sainte-Maxime, où il poursuit sa carrière de peintre. Son parcours le conduira également à exposer à Megève, au Grand Palais et en Italie.
La Kabylie toujours présente
À travers ses tableaux, Rabah Oukli peint les paysages et les visages qui l’entourent, mais il n’oublie jamais ses origines.
Une partie de l’exposition est consacrée à la culture amazighe, à la femme berbère et à cet héritage méditerranéen auquel il demeura profondément attaché.
Pour son fils Aghiles, qui a pris la parole lors du vernissage, son père était avant tout « un homme de culture et de transmission ». Sa peinture était une manière d’exprimer sa sensibilité, son histoire, son regard sur le monde, mais aussi de transmettre quelque chose de ses racines aux générations suivantes.
Faire vivre la mémoire
L’exposition est née d’une rencontre.
Après la disparition de Rabah, Mustapha Saadi est venu lui rendre hommage au funérarium de Montreuil. Il y découvre l’un de ses tableaux et apprend alors que le père de son ami était peintre. De cette découverte naît l’idée d’organiser une exposition en sa mémoire.
Grâce à la mobilisation de la Ville de Drancy, du château de Ladoucette, du Centre culturel Lounès Matoub, du Réseau Citoyen de la Coordination des Berbères de France et de la famille Oukli, cette idée est devenue réalité.
Et il y a, dans cette histoire, une dernière image qui résume peut-être à elle seule l’émotion de ce vernissage.
Enfant, Aghiles avait promis à son père qu’un jour il lui offrirait un château.
Il ne l’a jamais fait.
Mais aujourd’hui, les tableaux de Rabah Oukli sont exposés dans celui de Ladoucette, entourés de sa famille.
« J’aime à penser que, d’une certaine manière, la promesse est enfin tenue », a confié son fils.
Rabah n’est plus là pour voir ses œuvres accrochées aux murs du château. Mais ses tableaux sont là, eux. Ils continuent de raconter Taourirt, Paris, Montmartre, la Méditerranée, la Kabylie et une vie consacrée à la peinture.
Une vie partie d’un petit village de Kabylie et qui, par la force d’une passion, aura trouvé sa place parmi les lumières de Montmartre et de la Côte d’Azur.
L’exposition « De Taourirt à Montmartre » est visible au château de Ladoucette, à Drancy, jusqu’au 15 novembre 2026.