Hommage à André Santini

André Santini est décédé dans la nuit du 31 mai au 1er juin 2026, à l’âge de 85 ans, après 46 ans passés à la tête de la mairie d’Issy-les-Moulineaux.
Au début des années 2000, il était l’un des rares hommes politiques français — aux côtés de Jean-Christophe Lagarde, François Bayrou, Laurent Lafon, Gérard Collomb, Bruno Leroux Claude Pernès,  Hervé Chevreau et Jean-François Copé — à avoir soutenu activement l’émergence et la reconnaissance du fait amazigh en France. Ce faisant, il défiait la position dominante de l’époque — ce « silence les Berbères ! » imposé par le Quai d’Orsay, dont la ligne diplomatique consistait à ne pas contrarier les États nord-africains, alors engagés dans la négation du fait berbère, héritage direct du système colonial.
C’est ainsi qu’en décembre 2004, il accueillit dans sa ville les premières Assises des Berbères de France, organisées par le Réseau Citoyen de la Coordination des Berbères de France — CBF. Pendant deux jours, près d’un millier de personnes échangèrent, pour la première fois en tant que citoyens français, sur la place de la culture amazighe en France et les conditions de leur émancipation républicaine.
André Santini fut également l’un des premiers maires à faire de la célébration de Yennayer — le Nouvel An berbère — un marqueur fort et symbolique, rendant chaque année à sa mairie un hommage visible et solennel à la fierté amazighe.
Sa ville accueillit par ailleurs de nombreuses manifestations culturelles : conférences, projections de films, concerts — dont certains, avec Idir et Takfarinas, marquèrent durablement les esprits.
Lors des élections régionales de 2004, il proposa à Mustapha Saadi, alors président de la CBF, d’intégrer sa liste, offrant une nouvelle fois une visibilité inédite à la communauté berbère en Île-de-France.
Homme de grande culture, pétri d’une connaissance profonde des peuples et de leurs histoires, André Santini invita un jour Mustapha Saadi à prendre la parole lors d’une réunion publique à Puteaux. En le présentant au public, il souligna son appartenance à ce vieux peuple de la Méditerranée, avant d’ajouter, avec cet humour corrosif qui le rendait unique : « Il est Kabyle — et les Kabyles, si vous ne le savez pas, ce sont eux qui nous ont donné un coup de pied hors d’Algérie ! »
L’histoire retiendra que, en soutenant l’action de la CBF, ces quelques hommes politiques — parmi lesquels André Santini officiait en véritable ambassadeur — ont fait sortir la communauté berbère de l’ombre, pour ne pas dire de la nuit dans laquelle elle était enfermée.
Merci André, cher Dédé