Dans une vie consacrée à l’émancipation des femmes, aux droits humains, aux libertés, et à la culture kabyle et amazighe.
Un événement mémoriel qui nous rappellera combien est riche et exemplaire la vie de cette femme dont l’intelligence, la dignité, la force, la constance et le courage ont profondément marqué celles et ceux, compagnons de route, qui ont eu le privilège de partager ses combats.
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Née en 1926 en Haute Kabylie, à Taourirt Moussa, Fatima Medjber nous a quittés le 27 janvier 2026 à Saint-Denis, à l’âge de 99 ans. Elle nous lègue un héritage d’une richesse et d’un enracinement rares, forgé par une vie d’engagements, de dévouement et de courage face aux épreuves que lui ont réservées les vicissitudes de l’histoire.
Née dans une Kabylie où sévissait la misère, mariée très jeune, à l’âge de 16 ans, elle a élevé dix enfants avec un amour continu et un attachement sans faille dans un contexte historique de violence coloniale et de misère sociale.
Pendant la guerre d’Algérie, comme tant de Kabyles, elle a accompli de nombreuses tâches et actions pour soutenir les résistants qui se battaient pour qu’un jour l’Algérie devienne une terre de libertés, de justice et de respect de la dignité humaine.
La résistance coulait dans ses veines : son père, pour lequel elle nourrissait une profonde admiration, avait été l’un des fondateurs de l’Étoile Nord-Africaine en 1921, en France, où il arriva en 1907, à l’âge de 17 ans
Fatima Medjber appartenait donc à une famille de résistants. Cette valeur, profondément enracinée dans la culture amazighe, allait guider et inspirer toute son existence de façon exemplaire.
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D’abord en Algérie, elle soutint les activités de son fils Smaïl qui, dans les années 1970, menait avec d’autres militants une action clandestine pour diffuser la culture kabyle, amazighe interdite de l’espace public et institutionnel.
Lorsque celui-ci sera lourdement condamné injustement — et l’histoire nous en a depuis révélé la vérité —, sa mère engagea avec un courage exceptionnel un combat acharné pour sa libération : d’abord sur le sol algérien, puis en France, qu’elle rejoignit également pour gérer le patrimoine que lui avait légué son père.
Une fois son fils libéré, elle n’en demeura pas moins toujours en mouvement. Elle accompagna de nombreuses initiatives associatives, soutint ardemment le lancement de BRTV et s’engagea pleinement, à partir de 2002, dans l’action conduite par la CBF pour rendre visible et accessible la culture berbère en France.
Sa présence lors des réunions, des conférences et des nombreuses manifestations était toujours remarquée. Ses interventions, empreintes de sagesse, de conviction et d’authenticité, suscitaient l’adhésion et inspiraient les hommes et les femmes qui l’ont côtoyée.
Elle participa ainsi à la création de nombreuses associations, parmi lesquelles, en 2003, l’association franco-berbère d’Épinay-sur-Seine, devenue le Centre Culturel Idir, présidée par son fils Ahmed.
En 2007, elle accepta de présider l’association Diaspora Solidarité Développement, créée par la CBF, afin qu’un accompagnement soit assuré aux responsables des associations de solidarité villageoises kabyles. L’importance de cette initiative mérite d’être soulignée : ces associations, qui ne regroupaient alors que des hommes et se réunissaient le plus souvent dans les cafés, sont devenues familiales et organisent désormais leurs réunions et leurs fêtes dans des salles mises à disposition par la CBF ou qu’ils louent.
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Fatima Medjber était également poétesse et artiste. Elle a su transmettre cet héritage et ces pratiques à ses enfants, dont la plupart conduisent ou sont impliqués aujourd’hui dans des projets artistiques tels que le chant, la musique, la poésie ou le théâtre.
Elle a par ailleurs géré le patrimoine légué par son père avec la rigueur et la vision d’un véritable chef d’entreprise. Cette gestion en « bonne mère de famille », attentive et prévoyante, a permis à ses enfants de s’insérer avec dignité dans la vie sociale et professionnelle en France.
Fatima Medjber ne s’est jamais contentée de vivre des revenus de ce patrimoine : elle a exercé l’activité de famille d’accueil pendant de nombreuses années, ouvrant sa maison et son cœur à celles et ceux qui en avaient besoin.
N’ayant jamais été scolarisée en Algérie, c’est en France qu’elle commença à apprendre le français, lors des cours du soir — témoignage supplémentaire de cette soif d’apprendre et de cette volonté de ne jamais s’arrêter.
Un autre engagement qu’elle a mené avec intelligence et une grande hauteur de vue, est celui des droits des femmes et de leur émancipation, à commencer par ses propres droits. Elle a su remarquablement imposer pleinement sa personnalité dans sa vie de couple et au sein de sa famille.
Lorsque sa décision de rejoindre la France, en 1979, pour aider son père dans la gestion de son patrimoine, était refusée par son mari, elle avait réussi à convaincre tous les membres de sa famille présents, à une assemblée qu’elle avait provoquée, de la soutenir dans son projet. Une révolution a l’époque !
Fatima Medjber incarnait une force de caractère d’une rare intensité, avec laquelle se conjuguait une douceur qui se lisait sur son visage, notamment lorsqu’elle esquissait un sourire complice et amical .
Son parcours personnel témoigne d’une vie marquée par le courage face aux épreuves et par une détermination inébranlable à défendre ses convictions, quelles qu’en fussent les conséquences.
Malgré les injustices et les difficultés traversées tout au long de son existence, elle a toujours fait preuve d’une grande dignité et d’une remarquable résilience.
Pour celles et ceux qui l’ont connue, elle incarnait pleinement l’esprit de la kabylité : l’attachement aux racines, la fidélité aux valeurs humanistes et la capacité de transmettre avec générosité un héritage culturel précieux.
L’histoire de Fatima Medjber est celle d’une femme admirable dont le parcours mérite d’être raconté, préservé et transmis aux générations futures. Son engagement exemplaire continuera d’inspirer les acteurs de la vie culturelle amazighe et toutes les personnes attachées à la préservation de leur patrimoine et de leur identité.
À travers cet hommage, le Réseau Culturel Franco-Berbère souhaite saluer avec solennité une femme qui a consacré chaque instant de sa vie à la transmission, à la mémoire et à la valorisation de la culture amazighe.
Son souvenir demeurera vivant dans le cœur de tous ceux qui ont eu le privilège de partager son combat, son engagement et sa lumière.
Le dimanche 7 juin 2026, à 15h, au Centre Culturel Idir d’Épinay-sur-Seine.